Sans installations, cent solutions.

Sans installations, cent solutions. Sans installations mais pas sans imagination.

 

C'est quand on se lance dans la belle aventure de "propriétaire", bien que je n'aime pas trop ce terme, et qu'on souhaite respecter au mieux les besoins fondamentaux de son protégé, qu'on se rend compte de la difficulté à trouver une pension idéale.

Des mentalités encore trop fermées pour qui "pension pré" rime uniquement avec retraités, des règlements trop poussés, des détentions prises à la légère; mauvaise gestion de l'herbe trop riche, nombre de chevaux pas respectés, espaces trop restreints, aucune adaptation d'alimentation, terrains boueux jusqu'aux genoux, surveillance et respect qui laissent à désirer, promesses non tenues, beauté extérieure mais catastrophe une fois à l'intérieur, et j'en passe...

 

« Le premier pas pour avoir ce que vous voulez, c’est d’avoir le courage de quitter ce que vous ne voulez plus. »

 

Alors parfois, pour le bien-être de notre compagnon, nous nous devons de faire certains compromis, provisoires ou pas. Et pour ma part, ça a été les installations, chose que j'ai toujours eue la chance d'avoir durant  ma vie de cavalière, de demi-pensionnaire, de privée avec les chevaux de ma famille puis de propriétaire. Jusqu'à cet été.

 

Ce n'est pas toujours facile, je l'affirme. Mais offrir une vie en extérieur jour et nuit, avec un abri ouvert à volonté, nettoyé une à deux fois par jour et un petit troupeau stable et équilibré passe avant tout à mes yeux. Et j'espère qu'il est heureux.

 

Se lancer...

 

Dès le moment où j'ai pris ma décision de quitter la pension avec toutes les infrastructures possibles, j'ai eu comme un élan de motivation en moi.

Nous sommes bien sûr tous différents et pour ma part, j'ai ce besoin de me lancer des défis, des challenges, même minimes, et de prévoir des projets dans un avenir proche comme lointain. Être dans une pension où tout est réfléchi pour le confort du cavalier m'ennuyait. Tout était à portée de main. Presque rien ne demandait d'effort. Et moi, j'ai besoin de bouger, de trouver des solutions, d'être active "mentalement", d'aborder chaque nouvelle expérience comme une leçon de vie, un enrichissement, un apprentissage. Et quand tout est plat, quand tout est facile, je m'ennuie.

 

Alors en sachant que j'allais me retrouver "sans rien", j'ai commencé à relativiser, à prévoir tout le matériel qui me manquait pour la nuit, à échanger avec des personnes dans la même situation, à relire mes anciens articles motivants, à me réjouir de devoir mettre la main à la pâte, à affronter le froid, la pluie, la neige, à m'équiper, à vivre des périodes plus calmes puis plus actives. A vouloir commencer prochainement les démarches pour passer le permis remorque et louer des installations ailleurs de temps en temps ou participer à des stages.

Et surtout, je me réjouissais que mon cheval, même s'il n'avait jamais vécu de sa vie en boxe, retrouve une vraie vie en plein air 24/24H. Qu'il ait de l'espace, une alimentation à volonté (auto-régulation), et puisse choisir de rentrer-sortir à son aise. C'est à mes yeux le minimum que je me dois de lui offrir. 

 

En me retrouvant sans installations, j'apprends à sortir de ma zone de confort. Et encore, je n'ai pas un simple abri en bois dans un pré sans corps de ferme ou autre (et si c'est votre cas, je vous admire! mais avec les conditions météorologiques hivernales de mon pays, ses règlementations ainsi que mon emploi du temps qui m'empêche de venir avant 19h00, ça me serait difficile).

 

"Vivre plus simplement pour laisser d'autres simplement vivre."

 

Être sans infrastructures, ce n'est bien sûr pas cent solutions (ou peut-être que si?) mais ce n'est surtout pas sans solutions.

Alors j'apprends à toujours voir le bon côté des choses et à m'adapter. A relativiser et me rendre compte DES chances que j'ai.

 

Avant tout, j'ai la chance d'avoir cet être si cher à mes côtés. Être propriétaire est le rêve d'un bon nombre de passionnés et il a été le mien pendant un bon moment. Alors j'en suis reconnaissante à un point inimaginable. Reconnaissante envers la vie, le destin mais aussi mes parents, ma famille entière.

Ma deuxième chance est de l'avoir à quelques pas de chez moi. Je peux me permettre d'y aller tous les jours et même plusieurs fois par jour. Je peux toujours trouver un moyen d'y faire un saut, rien que pour un "simple bisou", même avec une journée chargée ou une soirée en perspective. Sans oublier que je suis maintenant la seule pensionnaire chez une privée. Et rien qu'en allant visiter il y a peu des écuries de propriétaires pour une amie m'a fait réaliser à quel point j'étais bien seule (seule mais avec toujours quelqu'un avec qui papoter, échanger ou partir en balade) dans ma petite ferme, sans histoire, sans jugement ni ragot. À ma deuxième maison. 


Ensuite, mon cheval vit en plein air et ça a été ma priorité depuis le jour où je suis devenue sa partenaire humaine à vie. Prioriser mon confort avant son confort ne fait pas partie de ma vision. Et puis, il est avant tout mon meilleur ami, mon compagnon, mon partenaire de route avant d'être mon partenaire de "travail" ou ma monture.

 

Pour en venir aux infrastructures, il n'existe dans ma région aucune autre pension pré de qualité qui propose des installations sablées (et couvertes, on peut oublier). Et avec nos conditions hivernales, si la carrière n'est pas très bien construite et entretenue, elle sera souvent impraticables à cause de l'eau, la neige, le gel. Néanmoins, même si j'avais une carrière ou rond de longe en sable, mes horaires restent les mêmes. Je suis aux études (bientôt terminées), avec un emploi du temps similaire à une personne travaillant à 100%: je pars à 7h30 et rentre à 19h0 » voir plus en fonction du travail. Donc l'hiver, je vais voir mon cheval de nuit, infrastructures ou pas. Et l'été, le pré, que je peux fermer en partie pour me faire une très grande carrière, est la majorité du temps praticable. J'ai également la possibilité de louer une carrière (très simple mais sablée) à 15 minutes à pied. 

 

Venons en au travail. Mon cheval a est très jeune (4 ans au printemps 2018). On fait de l’extérieur (une balade montée par semaine depuis ses 4 ans), on travaille à pied dans le pré, on prend un cours monté occasionnellement dans une philosophie de tradition française. Et je trouve ça intéressant voir presque fascinant de devoir s'adapter à la nature pour travailler, avancer, aller plus loin en quelques sortes. Ça nous force à nous organiser différemment, à sortir de notre zone de confort, à relativiser et à progresser autrement voir mieux pour notre part.

 

Quand les terrains sont secs, on travaille à pied en liberté ou on joue.

De jour, on touche à tout: balade à pied (cet été on faisait 20-30km/semaine), longe, désensibilisations, travail à pied, balades montées, séances/cours montés occasionnels ou cours à pied, liberté, rênes longues, précisions des aides, exercices ludiques et puis surtout, on se repose. on ne « fait rien ».Je m'appuie contre le grand arbre, observe le troupeau, bouquine ou regarde même ma série, thé ou verre à la main. 

 

De nuit, on se repose, on fait des séances pansage-papouilles-massages-relaxation-méditation ou un bisou au pré. Ou autrement, on améliore ou on revoit des petites choses, rien d'extraordinaire (surtout parce que même avec la lune ou ma super lampe frontale, je ne verrai jamais assez bien donc ma précision ne sera pas idéale) mais suffisamment pour avoir les deux du plaisir, voir le moindre petit pas en avant, se réjouir de chaque étape, et observer les bienfaits dans la vie de tous les jours. Améliorations des aspirations, déclinaisons diverses du reculer, développement du recul-reste-rappel au pas et au trot, reprise d'autres exercices de tout genre, apprentissages de gestes ludiques, pratiques voir rigolos et j'en passe.

Il m'offre toujours des beaux petits départs et des mouvements de tête enthousiastes pour jouer, des va-et-vient et des petits signes distincts lorsqu'il ne veut plus: tout d'un coup moins de motivation, quelques petits "coups" de broutage, mais tout en restant à mes côtés et me suivant où que j'aille. Alors on arrête simplement, que ce soit après 15 ou 35 minutes, et on finit par quelques gratouilles ou massages que j'appelle "énergétiquement personnels". J’ai découvert un vrai plaisir à travailler dans une partie du pré. Quand on fait des LR ou quand on fera des séances montées, je ferme une partie du pré pour ne pas être « dérangés » par le reste du troupeau. Autrement, à pied ou en liberté je laisse généralement tout ouvert. En jouant au pré, on se sent plus libres. On a pas la limite que les 4 barrières d’une carrière, et surtout à notre cheval. Le jeu devient plus simple, plus libre, moins contraignant.

Il arrive souvent que je me rende au pré pour un simple bisou, et mon loulou me fait comprendre qu’il n’a pas forcément envie de gratouilles mais de jeux. Alors on se lance. 

 

Quand la lune est bientôt pleine, elle nous éclaire. C'est vraiment agréable et reposant. On profite de sa belle lumière, du silence de la nuit et de cette sérénité très particulière. L'ambiance dans le troupeau est aussi bien calme: généralement les trois autres somnolent, les yeux semi-clos, face à la lune pendant que nous, nous nous amusons de notre côté sous les étoiles.

 

Et tout ça, toute cette amélioration, cette concentration, cette énergie, cette connexion, cet enthousiasme, ce petit cheval qui se détache de son troupeau pour m'accueillir, oreilles en avant, au petit trot, au pas ou qui vient m'attendre de nuit à l'entrée du pré quand il voit ma voiture se garer, tous ces ressentis, ces émotions et cette simplicité d'esprit n'étaient pas autant forts avant de se retrouver où on est maintenant. On a évolué ensemble et on continue jour après jour.

 

Et quand il pleut?

 

Quand il fait moche, venteux, pluvieux, on se pose et se repose.

Je n’affirmerais pas que j’aime particulièrement la pluie lorsqu’il s’agit d’aller le voir au pré sous un ciel gris ou dans la nuit, ou lorsque je dois annuler un cours à cause de l’état des terrains, mais je tente de ne pas me plaindre et d’être le plus optimiste possible. De relativiser un maximum. Et ce qui m’aide à ne pas être trop déçue généralement, c’est ne rien prévoir à l’avance. C’est attendre d’ouvrir ma porte d’entrée ou d’être face à mon cheval avant de prévoir quoique ce soit. Ainsi, j’éloigne les prises de tête, la frustration, la pression de «devoir» faire ceci ou cela, d’avoir un ‘planning’ à respecter - sentiments que mon cheval-miroir ressentira forcément. On laisse les choses se dérouler naturellement et on s’adapte.

 

En fait, je vois la pluie un peu comme un défi de la nature ou son moyen de me dire que c’est le moment de faire une pause. Parfois on s’équipe pour sortir en extérieur affronter l’eau, le froid et le vent. Mais généralement je reste en training ou en pyjama, j’enfile mes baskets, ma veste de pluie et je me rends au pré. Quelques papouilles, quelques bonbons, quelques mèches mouillées, quelques instants simples mais pourtant précieux. Et parfois je fais du rangement, ou je me pose simplement contre le grand arbre du pré pour bouquiner au sec, avec mon fidèle ami qui forme sa petite bulle de broutage autour de moi.

 

Puis je rentre, je me prépare un bon bain chaud ou je m’enfile sous ma couette, thé ou verre de vin dans une main, popcorn dans l’autre, avec quelques gouttes d’huiles essentielles de lavande sur l'oreiller, et je me plonge dans un bon film.

C'est pourtant beau la pluie qui tombe et qui nettoie le monde.

 


On trouve toujours une solution à tout. Je relativise toujours. Je passe prochainement mon permis van et ce dernier me permettrait de charger et aller travailler dans un manège ou carrière de la région l'hiver prochain. Ainsi que de participer à des stages d'un à plusieurs jours voir semaines.


Son bonheur, notre bonheur passe avant. Et pour rien je ne changerais son lieu de vie. Et moi de même.

Mon vécu...

Si vous vous retrouvez un peu dans mes paroles, dans ma manière de réfléchir et agir, mon univers, ne vous laissez pas décourager par les personnes qui ne jurent que par des installations et du sable. Même si un petit bout d'infrastructure reste l'idéal, quand on tient à tracer sa propre route, à offrir des conditions de vie en plein air à son cheval, on trouve toujours une solution. Peut-être pas cent, mais on en trouve. Avec un peu d’ouverture et de reconnaissance, on apprend à apprécier ce qu'on a.

 

 

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Feuliane (dimanche, 03 décembre 2017 17:54)

    Ce n'est pas toujours évident de quitter un "confort" que l'on a même si il n'est pas parfait. Avoir son cheval aussi libre que cela, c'est effectivement le rêve d'un grand nombre, une chance de l'avoir réalisée. Après, il est vrai qu'il y a des inconvénients, mais pour ma part, je trouve qu'un bout de pré peut aussi faire office de zone de travail tant que cela n'est pas trop intensif.

    Très bon article en tout cas.