Avoir un poulain...

Ahhh acquérir un poulain… que ce soit à la naissance, à 1 an, 2 ans ou 3 ans, quel bonheur et sentiment unique!

Voir son cheval grandir, changer, évoluer, prévoir une longue vie à ses côtés, pouvoir s’occuper de son éducation dès le début, le «faire à sa main», connaître ses origines, tout son passé, son cadre de vie, sa famille, regarder des vieilles photos de ses débuts 10 ans plus tard, développer une relation forte et unique dès le plus jeune âge… Ça fait rêver, non ?

Cela fait maintenant la troisième année que mon cher et tendre "âme cheval" de 4 ans a rejoint ma vie. Une rencontre évidente, une réflexion profonde même si mon coeur avait déjà pris sa décision, décision qui a apporté pas mal de questions, sans mentionner toutes les questions générales avant l’achat d’un cheval

Est-ce vraiment raisonnable? Vais-je le laisser à l’élevage jusqu’au débourrage ou le ramener chez moi (mais je n’ai pas de pension poulain autant idéale dans ma région...)? Un futur moniteur adapté et correspondant à ma vision pour nous suivre plus tard?


Alors même si j'ai pris la décision de le laisser en pension à son élevage jusqu’à ses trois ans (meilleur cadre, croissance dans un vrai troupeau équilibré allant de 6 mois à 25 ans, 5 à 20 hectares de prés H24 qui tournent...), suivre son évolution en lui rendant visite chaque mois, le voir grandir (moi avec hihi), l’accompagner dans ses débuts de travail à pied puis monté, être encadrée par une professionnelle, se réjouir de notre avenir ont été des étapes et sentiments inoubliables.


Je tiens tout de même à faire une petite parenthèse sur le fait que je n’ai pas regretté une seule seconde ma décision de l’avoir laissé en pension à l'élevage, même si la distance (400km) et l’attente de 3-4 semaines était parfois difficile (du coup on savoure encore plus sur place!)

Un petit élevage où les chevaux sont biens dans leur tête & leurs sabots, rustiques, proches de l’homme, attachants, respectueux, sans aucun vice, où ils naissent, grandissent et vivent dans des conditions dignes de ce nom qui permettent de conserver la grande rusticité et qualités d'adaptation de la race: 365jrs dehors dans des dizaines d’hectares, jour et nuit peu importe la météo, pieds-nus, puis éduqués dans la douceur et fermeté. Une philosophie naturelle, simple, "rustique", sans prise de tête, sans jugement et qui me manque (très) souvent depuis que je l'ai amené chez moi en Suisse.

Une éleveuse passionnée et généreuse qui a réalisé un travail fabuleux sur mon poulain. Des mois de travail à pied, de désensibilisation, un débourrage adapté, tout simple tout basique fait avec douceur, fermeté et patience (que j’ai suivi tout du long) pour me permettre de prendre le relai du "post-débourrage" et futur travail avec confiance et assurance. Un poulain bien dans sa tête, sensible (positivement), réactif et qui s’adapte à tout (une des nombreuses qualités du camargue) et que j’ai pu, de mon côté, 'passer' en monte classique et sans-mors en quelques courtes séances dans le calme avant d'entamer la pause post-débourrage jusqu’au printemps 2018 minimum. Beaucoup de travail sur moi mais il me rend meilleure, en tant que personne, de jour en jour.

Aujourd'hui, je continue l'éducation et le travail (à pied) un peu dans le même sens qu'elle, avec un jeune calme, joueur, confiant, avec ses périodes un peu plus fofolles (bah oui c'est un bébé) et une énorme envie d'apprendre et découvrir. Un coeur énorme.

 

Après 3 ans à ses côtés, je pense que je peux partager différents points importants lors de l'acquisition d'un poulain... Et bien évidemment sans aucune prétention de ma part mais une simple envie de partager mon expérience, mes ressentis et de peut-être guider certaines personnes dans leurs choix ou de partager un article dans lequel les propriétaires de poulains se reconnaîtront peut-être...

 

Avoir un poulain, c’est une expérience unique mais c’est aussi beaucoup d’exigences vis-à-vis de son actuel ou futur partenaire humain.

Vous allez me dire que tous ses points (et il y en a bien plus!) sont applicables pour tout cheval, peu importe son âge, et je suis entièrement d'accord. Je plussoie ! Mais ils deviennent plus délicats dans le cas d'un poulain. Les erreurs sont moins voir pas du tout pardonnables, tout doit être abordé avec plus de patience, tout doit être réfléchi plus subtilement car le moindre pas de travers peut avoir des répercussions à vie - et ce, surtout lors du débourrage et des débuts du travail monté. Un exercice, un objectif, une nouvelle étape peut prendre 3 mois jusqu'à qu'elle soit aboutie mais 3 secondes pour être en miettes.

 

Avoir un poulain, ça requiert:

 

- De l'expérience & maturité

 

Alors non, je préviens tout de suite, je ne me lance pas des roses. Je ne me considère pas experte ni ultra expérimentée, loin de là. J'ai eu mon poulain à ses 1 an & des poussières quand j'avais 19 ans. Bercée par les chevaux (famille), 15 ans d'équitation derrière moi, mais 6 années sans club, sans saut, sans cours réguliers (sauf de 2016 à 2017: 7 mois de cours privés inspirée équitation de tradition française), 6 années où le club m'avait dégoûtée de tout, même du dressage dont j'étais (et suis) passionnée, 6 années où je me suis contentée de sortir en extérieur seule pour me ressourcer et garder contact avec les chevaux et la nature, sans me prendre la tête avec quiconque.

Mais 6 années où je suis majoritairement restée à pied. 6 années d'apprentissage, de soins (avoir une DP sur la jument de ma véto m'a beaucoup apporté!), de découverte du travail à pied, de renforcement de caractère, de remises en question, de lectures, d'approfondissement de connaissances, d'intérêt grandissant pour les besoins fondamentaux des chevaux, de rencontres, de tri dans mes fréquentations, de changements d'écuries, de découvertes de méthodes plus douces et alternatives, d'indépendance, d'évolution et d'enrichissement personnel. 6 années où je suis passée de cavalière de club classique passionnée, ne se posant pas plus de questions à une passionnée tout-court, amoureuse des chevaux constamment à la recherche du bien-être animal, d'approches plus holistiques et respectueuses.

Et je suis également contente d'avoir attendu. Reconnaissante d'avoir grandi avec les chevaux de ma tante qui m'ont apporté beaucoup de connaissances et d'autonomie, d'avoir une mère et une soeur cavalières (à l'époque) mais contente d'avoir attendu (et écouté mes parents) avant d'avoir mon propre cheval. 19 ans, ça restait jeune mais aujourd'hui, jamais je ne me serais imaginée propriétaire à 14 ans - même si l'envie était là. Mes critères de conditions de vie étaient telles qu'on nous apprend en club, mes connaissances étaient minimes et naïves, ma mentalité et mes attentes complètement différentes à aujourd'hui, sans mentionner la maturité...


Car pour moi l'acquisition d'un cheval, peu importe son âge, ne vient pas du niveau de monte du cavalier. Loin de là.

Ce n'est pas savoir enchaîner un parcours de saut, savoir apprendre tel ou tel tour de basse ou haute école, ou avoir un papier stipulant galop 6 mais c'est avant tout  les expériences passées, l'amour et le respect qu'on porte à l'animal et les connaissances à pied. C'est l'ouverture d'esprit, les connaissances théoriques, les remises en question. C'est savoir reconnaître tout signe de maladie, de faiblesse, tout problème, c'est savoir gérer en extérieur (intérieur comme extérieur), c'est savoir travailler seul tout en étant suffisamment mature pour se faire encadrer, c’est vouloir toujours s’améliorer dans tout, autant dans son équitation posturale, base de tout travail du cheval, que dans sa manière de penser, c'est connaître les besoins du cheval, c'est aller plus loin dans son apprentissage et culture générale (s’appuyer sur son intuition mais aussi des études, lire énormément de livres, d'articles, participer à des stages en tant qu'auditeur sur diverses méthodes, disciplines, philosophies mais aussi, si possible, des stages sur l'alimentation, la détention, des besoins spécifiques, regarder des vidéos, rencontrer des gens de partout, écouter, fouiller sur le net...) que de simplement écouter et "demander conseil à son mono"...

Le reste, on apprend sur le terrain, une fois propriétaire. Et ce tous les jours. Jusqu'à la fin de notre vie. 

 

Et dans le cas d'un poulain, c'est être prêt à se remettre encore plus en question, à s'encadrer par un professionnel de confiance et adapté autant au cavalier qu'au cheval. C’est avoir aussi assez d’expérience pour pouvoir juger si tel ou tel professionnel est digne de ce nom pour suivre l’avenir tant important de mon poulain. 

C’est pouvoir lui offrir des conditions de vie indispensables à son mental et sa croissance: de l'espace, une vie au grand air jour et nuit, une alimentation adaptée et à volonté, un troupeau équilibré de tout âge pour qu’il apprenne à faire sa place dans la hiérarchie, soit éduqué par les plus âgés et jouent avec les plus jeunes de son âge. C’est prendre les choses dans l'ordre, à prendre du recul, revenir en arrière dès que besoin et être conscient que prendre un poulain, c'est devoir subvenir à son bien-être pour, je l'espère, plus de 30 ans.


- De la patience & de la tolérance

 

Avoir un poulain, c'est doubler sa patience et sa tolérance. 

Un cheval, ça grandit jusqu'à 7-8 ans. Si le but du futur propriétaire est de monter, il faudra patienter ou se diriger plutôt vers des chevaux plus âgés. Dans le premier cas, et dès que le travail monté commence, en tant que cavalier conscient, nous nous devons d'adapter chaque étape à la croissance du poulain. Être plus patient du côté du travail oui, mais aussi de l'éducation, du comportement du poulain.

 

"Tout vient à point à qui sait attendre"

 

Toujours garder en tête que ce n'est pas un cheval adulte dont l'éducation est (sensée) être au point, mais un cheval jeune en plein apprentissage. Certaines choses ne doivent pas être prises pour acquises ni être acceptées, d'autres demandent un peu plus de tolérance.

Eh oui, beaucoup de personnes, que ce soit dans mon entourage ou en général, avaient tendance à oublier que, dans mon cas, mon cheval n'avait que 3 ans (et maintenant 4) qu'un poulain, eh bien c’est un poulain. C’est énergique, c’est curieux, ça bouge dans tous les sens, ça a ses petites périodes de «tests», de mollesse, de surplus d’énergie, c’est envahissant, c’est en pleine période de découverte, d’apprentissage, d’éducation, bref: d’évolution! Et que moi j'ai beau être claire et nette sur ce que j'autorise ou pas, sur quand je dois être ferme ou pas (et encore, pas facile facile) mais je me dois d'être parfois plus laxiste: ... c'est un bébé! Eh non, ce n’est pas un cheval de 8, 10, 15 ans mature, avec déjà des années d’expérience et de travail derrière qui va se plier à chaque moindre chose qu’on lui demande (second degré).

 

C'est également prendre le temps. Prendre le temps pour faire les choses correctement dès le début. Prendre le temps pour en gagner ultérieurement.

 


- Un esprit ouvert

 

L'ouverture d'esprit permet un grand nombre de choses: la remise en question, le partage, l'écoute et l'envie d'en découvrir toujours plus. Avoir l'esprit ouvert, c'est réaliser un bon nombre de choses qui ne vont cesser de nous remettre en question. C'est savoir écouter ce que les autres (professionnels pour ma part) ont à dire, que ce soit des conseils, des témoignages, des expériences ou des astuces - mais également partager avec les autres. S'ouvrir aux autres dans la même situation ou presque. Avoir l'esprit ouvert, c'est pouvoir mieux repousser son ego. C'est enrichir son esprit car on est ouvert à laisser rentrer plus d'informations, plus de découvertes. C'est être plus curieux, avoir plus d'empathie. C'est avoir l'envie de comprendre le pourquoi de certaines choses sans toujours critiquer.

C'est faire preuve de tolérance lorsque différents points de vue sont exposés - ou dans le cas contraire, savoir faire le tri, garder sa distance, réfléchir avant d'agir.

 

- De la douceur & du calme

 

Rassurer dès qu'il le faut, rester calme, trouver un équilibre entre douceur et fermeté (et non pas violence!), demander peuapprendre à prendre son temps, à respirer et réfléchir avant d'agir.

 

Pour ma part, je fais beaucoup de méditation et d'exercices de respiration (1x/jour) pour moi-même ainsi que des massages/caresses axées sur le transfert d'énergies pour mon cheval.

 

Avoir un poulain, c'est un challenge, c'est parfois prenant, difficile, frustrant, débordant, exigeant mais il nous rend le double de bonheur (comme tous)...


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Commentaires: 4
  • #1

    Cyrielle (mercredi, 30 août 2017 12:38)

    Ton article devrait apparaître sur tous les journaux d'équitation ! S'il peut en faire réfléchir plus d'un...

    Dans tous les cas, même si, comme tu le sais, Paloma n'est pas un poulain... Il m'a raisonné. Ma maman voudrai beaucoup qu'on est un poulain de ma jolie pie. C'est vrai, ce serai la plus belle pouliche (oui, parce que dans l'hypothèse, ce serai une pouliche avec un joli petit prénom déjà tout trouvé ahahah) ! Mais on en a de nombreuses fois parlé. Et... C'est grâce à ton expérience avec ton poulain, tes articles, tes pensées, etc. Que je me suis raisonnée, et qu'avant de penser à mon bonheur, j'ai regardé plus loin... Alors merci pour ça aussi ! Les études, le manque de temps, les frais vétérinaires,... Il faut en prendre en compte comme tu le dis dans un ancien article !
    Je vais partager cet article à une amie... À mon avis, faut absolument qu'elle le lise !

    Et au passage... J'adore le dessin que tu as fait pour cet article ! Mais alors il est génial !!

  • #2

    Ashley (lundi, 11 septembre 2017 08:23)

    J'aime beaucoup ton blog et ta philosophie ! Je lis petit à petit tes articles, chaque fois avec plaisir !
    Bravo pour ta réfléxion et merci de partager avec nous que ce soit tes réflexions, bons plans ou bonnes astuces (d'ailleurs j'ai imprimé ton carnet d'activité, je me réjoui de le tester pour avoir une meilleures visions de l'activité de mes juments sur plusieurs semaine- surtout utile quand on à la mémoire de Dory et qu'on sait déjà plus ce qu'on a fait la semaine avant haha)

    et..... j'adore tes photos ! forcément un camargue, c'est les meilleurs ! c'est pas courant en Suisse, j'en ai 2, dont une que j'ai eu poulain, alors j'aime bien voir ce qu'il ressort du caractère du tien !si une fois tu as besoin de conseils pour te lancer en TREC n'hésite pas 8même si c'est encore un peu tôt vu l'âge de ton petit loup) ! j'en fais avec mes 2 et franchement ça convient super bien à leur caractère calme mais réactif ! un vrai bonheur !!

    Bref, continue comme ça et.. Merci !

  • #3

    Anem (lundi, 02 octobre 2017 16:18)

    Merci à toi Ashley pour ton beau commentaire, ça me fait très plaisir de partager ma philosophie et de me rendre compte qu'on est bien plus dans cette éthique là que ce que l'on peut croire - et ça me motive à continuer d'écrire...
    En plus tu es propriétaires de Camargues ET en Suisse! Trop top! :-)
    Merci pour ta proposition, j'ai toujours voulu tenter une fois le TREC (à Satigny, il y a une initiation généralement tous les ans, y as-tu peut-être participé une fois?) et une amie tente de plus en plus de me convaincre ha ha :-P
    Peut-être qu'on s'y retrouvera un jour?

    Merci encore à toi :-)
    Anja

  • #4

    Anem (lundi, 02 octobre 2017 16:20)

    Merci Cyrielle pour ton commentaire (parmi tant)! :-)
    Après bien sûr chaque expérience est personnelle et unique donc au fond, le choix vient de chacun... J'espère que tu pourras réaliser ce rêve un jour, je te le souhaite! <3