Entre intempéries et lâcher-prise...

 

 

J’aime visualiser mon esprit comme une forêt infinie aux arbres si hauts qu’ils caressent la lune. Le vent y est fort ces derniers jours d’avril, les branches s’entremêlent et s’agrippent entre elles. L’écho de son calme s’entend moins bien, les feuilles peinent à pousser et les sommets tentent de résister à l’agitation. Mais tout est éphémère. Une arbre se laissant emporter par la tempête impose la construction d’un nouveau sentier. Différent mais plus joli, plus unique, plus sauvage. La forêt, elle, ne peut croître et s’enrichir sans un peu de pluie, de vent et de soleil.

 

Un esprit un peu brouillé au début de ce printemps. J’ai beaucoup pris sur moi, relativisé, respiré, médité. Mais j’ai aussi pris de la distance avec un tas de petites choses, de détails, de situations et de relations. J’en ai régulièrement besoin autrement mon petit cœur hypersensible se noie dans le trop-plein. Et puis souvent, en prenant du recul, on prend de l’élan.

 

Descendre dans mon petit sud m’a beaucoup soulagée, même si je le quitte le cœur lourd, ou devrais-je dire, seulement une partie de mon cœur car l’autre y est restée depuis un sacré moment.

Le vent s’est calmé dans mon esprit. Quelques petites averses régulières mais le soleil refait surface et me laisse de doux arc-en-ciels. La méditation régulière m’apaise, et mes nouveaux cours de yoga m’apportent du bien.

 

Pleins de petits pas en avant pour nous deux. Chaque jour passé ensemble depuis bientôt 3 ans m’apporte tant. Sérénité, indépendance, confiance en moi...

Aujourd’hui, nous nous sommes évadés tranquillement dans les bois pour un peu plus de deux heures. Il m’a offert ses tous premiers galops en extérieur et premiers galops depuis treize mois, au débourrage. On trottait tranquillement sous le chant des oiseaux, entre deux allées d’arbres. Les petites mouches des beaux jours l’embêtaient tellement qu’il se débattait de petits coups de tête alors j’ai lâché le peu de rênes que j’avais en main et il a compris. 

Que ça m’avait manqué... j’avais oublié à quel point son galop était doux, régulier, franc et léger comme un nuage. Discret comme une petite fourmi (qui est d’ailleurs la signification de son nom en vieil anglais), on se sent presque fondre... Mais on savoure avec grande modération.

Oh que c’est agréable de partir l’esprit libre, sans but, sans destination précise car on ne pense qu’à profiter du chemin, de l’instant présent.

Et puis... ce n’est de toute manière pas entre quatre barrières que je lui aurais demandé un premier galop après un an de repos composé de cinq balades montées au pas à tout casser. L’extérieur est bien plus enrichissant.

 

Tout se déroule généralement toujours comme ça pour moi. Je ne prévois jamais rien, je laisse vivre et venir. Je sors des chemins battus. Je vis au jour le jour et j’aime la spontanéité... Les meilleurs instants ne se prévoient jamais. Ils surviennent par surprise, loin des regards, loin des caméras, des appréhensions, loin de toute superficialité. Et c’est en se laissant guider par la vie que l’on se libère. On s’allège, on se laisse emporter par le courant, on fait confiance. On se détache de chaînes dont on ne faisait même plus attention tant elles étaient ancrées en nous.

 

 

Après une année de pause de post-débourrage, nous avons pris un petit rythme de sorties. Rien de très différent à notre routine, juste une à deux petites balades montées de trois quart d’heures en moyenne. Plus régulier, mais léger. Le reste du temps ne change et ne changera pas: vie au pré jour et nuit, lectures jusqu’au clair de lune, séances de gratouilles à volonté, rêveries dans l’herbe, jeux sous les étoiles, longe occasionnelle ou gymnastique, balades à pied, longues rênes, petits tours pratiques et fichage de paix au pré...

En ce moment, nous sortons en moyenne 2x par semaine en balade (et chaque semaine un nouveau lieu) car nous nous préparons pour un petit rallye début juin non loin de chez nous.

Rien de très gros, mais il est tout de même important qu’il améliore un peu son souffle et son endurance. Un excellent moyen de découvrir autre chose, de rencontrer du monde, de désensibiliser autant à travers le parcours général que les différents posts (jeux, épreuves, gymkhana, parcours...), sortir de sa zone de confort et passer un moment sympa. Un chouette petit objectif pour ce mois.

Nous avons aussi fait deux séances montées de quinze minutes au pré pour travailler un peu les directions et la rectitude, mais je m’en suis vite lassée. Pourquoi travailler entre quatre clôtures ce qu’on pourrait travailler dans les bois? Hormis nos un à deux cours par mois (dans une équitation qui se veut la plus douce et libre possible, enseignée par mon prof-écuyer) ou intervenants occasionnels, il est trop tôt cette année pour commencer à vraiment "travailler" monté autre chose que l’endurance, le souffle, la musculature, la cadence, le contrôle des allures - tout ça dans le calme et le respect. Et la nature nous offre toutes ces possibilités; trottings le long des chemins larges de nos forêts, travail sur "lignes droites" sur ces mêmes chemins, amélioration du souffle général et de la musculature grâce aux dénivelés, parcours entre les arbres, gymnastique d’un tronc à l’autre, bref... j’en avais même rédigé un article l’année passée.

Ah avec un peu d’imagination, les idées deviennent presque infinies !

 

Et n’oublions surtout pas le travail à pied, base fondamentale au travail monté. Prendre le temps pour en gagner ultérieurement...

À mon titi qui m’apporte tant chaque jour... 

- Anem
Commentaires: 1
  • #1

    feuliane (samedi, 19 mai 2018 21:27)

    Savoir prendre le temps, c'est quelque chose que nous avons du mal à faire. Toujours à devoir courir, penser à après, on ne vit pas l'instant présent à 100%. Un tel récit fait plaisir à lire. Savoir s'écouter, se remettre en question en douceur et surtout savourer le temps passer avec son cheval, c'est magnifique.