Anthropomorphisme & relation

Mais je pense qu'avant tout, pour pouvoir progresser avec son cheval, autant dans la relation que le travail, il faut réussir à le considérer pour ce qu'il est et non pas pour ce que nous pensons ou voulons qu'il soit. C'est-à-dire: un cheval - un animal sensible doté d'émotions propres à lui-même.

Attribuer des caractéristiques ou émotions humaines à un cheval, c'est ne pas respecter son intégrité, c'est empêcher la mise en place d'une compréhension et d'un respect mutuels. 

 

Plus on s'éloignera de l'anthropomorphisme - tout en gardant un certain équilibre entre les deux extrêmes - plus la communication pourra être fluide, harmonieuse et respectueuse et plus notre approche sera sereine.

On pourra ainsi ouvrir les portes à une certaine liberté d'esprit, apprendre à réellement écouter son cheval et surtout l'entendre.

 

On commencera à remplacer les croyances et réflexions telles que «il se fout de toi», «il se venge de hier», «il est déçu», «il t'en veut», «il te hait» par «il réagit ainsi car il essaie d'exprimer un mal-être, une gêne, une douleur, une peur ou une incompréhension» ou n'a simplement aucun intérêt de se "venger", d'être "déçu" ou "d'en vouloir".

On prendra du recul et on observera le cheval au naturel au lieu d'interpréter sa manière de vivre comme la notre, ou comme nous la souhaitons: «comment se comporte-t-il avec les autres? où va-t-il ou comment réagit-il dans cette situation là? pourquoi se comporte-t-il ainsi? que puis-je détecter comme émotions et à quel moment?»

Puis on se posera aussi certaines questions comme «a-t-il eu un passé sombre pour réagir ainsi? a-t-il mal quelque part? son matériel est-il adapté? se sent-il bien dans de telles conditions de vie? manque-t-il de quelque chose? suis-je allé trop vite pour lui? a-t-il compris? est-ce adapté à lui? est-il heureux?»

 

Repousser l'anthropomorphisme - sans non plus s'en défaire complètement -, c'est non seulement être plus proche de la source d'un problème rencontré au lieu de le camoufler mais c'est aussi aller chercher une meilleure connexion, améliorer le bien-être de son cheval et s'adapter à sa réalité, sa nature, sa vision du monde et ses besoins. 

 

 

Tant d'exemples de soucis qui pourraient être évités si on prenait le temps d'écouter un minimum, l'esprit ouvert:

 

- Mon cheval tique au boxe alors je vais lui mettre un jouet.

Non, mon cheval tique au boxe car il n'a pas de sociabilité, de copains, de liberté de mouvement, de visibilité , d'herbe ou foin à volonté.

 

- Mon cheval attend chaque soir à l'entrée du pré car il veut impérativement rentrer dans sa tanière au chaud.

Non, si mon cheval attend à l'entrée du pré, c'est certainement pour une ou plusieurs de ces raisons:

- Il est seul, il n'a pas d'herbe ou pas de foin à volonté, il sait qu'une fois rentré, il va pouvoir manger, il a des horaires ancrés en tête: heure de repas, heure de sortie, heure de rentrée, heure de repas et ainsi de suite.

 

- Mon cheval ne veut pas s'arrêter quand je le lui demande, rue, tape, il ne m'écoute pas alors je m'énerve, lui tire dans la bouche brusquement ou lui donne une claque pour qu'il s'arrête de force.

Non, mon cheval se comporte ainsi car il n'a pas compris mon intention et n'a pas eu des bases d'apprentissage précises et claires ou parce qu'il essaie de me transmettre une douleur. Alors je mets pied à terre et reprends l'exercice correctement ou j'appelle l'ostéopathe, le dentiste ou le vétérinaire pour contrôler sa santé.

 

 

- Mon cheval donne mal les pieds ou met tout son poids sur moi quand je les lui prends. Il se fout de moi alors je lui donne une claque ou lui rend la pareille avec brutalité.

Non, mon cheval donne mal les pieds ou met tout son poids car il n'a pas encore trouvé son équilibre, ou n'a jamais appris à donner correctement les pieds, et moi je n'ai jamais pris l'initiative de reprendre les bases correctement dans le calme, en lui montrant que ce n'est pas une menace ou une demande menaçante.

 

[...]

 

Je sais que pour certains c'est une grande remise en question et un travail sur soi-même qui peut être difficile et long mais je suis persuadée, voir convaincue, que votre relation avec votre cheval s'améliorera et que votre regard changera. Et il vous en sera reconnaissant - à sa manière bien évidemment.

 

 

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Leïla Zerrouki (mardi, 03 avril 2018 03:09)

    Bonjour,
    Il y a aussi un autre anthropomorphisme qui serait que le cheval travaille pour notre valeur, notre amour, la fierté du travail bien fait, etc. et qui est tout aussi dérangeant je trouve... Parce que cela empêche parfois, chez des personnes qui pourtant s'en revendiquent, d'appliquer les connaissances éthologiques et cognitives sans biais de pensée... J'ai du mal à ne pas nommer ce que je critique mais j'espère que c'est assez clair et reconnaissable ^^' en tout cas merci de pointer ceci, ces personnes qui pratiquent l'anthropomorphisme que tu dénonces sont même souvent les premières à le refuser et nous dire ne pas le faire...